Plume d'Apolline

Quelques mots, quelques photos, quelques idées qui passaient par là

22 novembre 2013

Un dernier baiser pour Maryse...

Cinq jours plus tard...

 

Le claustra s'entrouvre et,
tu apparais,
mannequin de cire
prêt à trôner
dans les vitrines.

Ils t'ont maquillée
... cette perruque noire...

Seules,
tes lèvres,
jettent un doute
sur tes projets.

Etrangement belle,
irréelle,
couchée sur le satin nacré.

Ta froideur sépulcrale,
a la dureté du galet.


Mystérieux
ton sourire...

 

Du rai de lumière
tes paupières closes
s'effacent …

 

 

Posté par LeCroisic à 18:28 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Ce qui étonne, d'emblée, c'est le double effet de mise en scène par lequel s'entame le poème. Le claustra (la claustra ?), d'abord, renvoie, inévitablement, à l'idée du sacré, à l'idée d'une clôture, puis d'une ouverture un tantinet malsaine, d'un voyeurisme au parfum oriental. Va-t-on nous donner à voir ("s'entrouvre") ce qui ne devrait pas l'être ? Mais nous voici déjà parvenus à un second niveau, celui où l'exposition à tous les regards tient de la société de consommation ("prêt à trôner", "vitrines"), de la salle de spectacle ("t'ont maquillée") et du musée ("mannequin de cire"). Il se dégage de cette mise en perspective une grande brutalité. C'est l'image d'une confusion violente des contextes qui brouille et durcit la perception (vers 1 à 7). La mort se présente, dans cette première partie, comme un spectacle obscène, théâtralisé ("tu apparais"). Les points de suspension qui encadrent le vers 7 dénotent assez la gêne, la déstabilisation de la locutrice. La "perruque noire", par son aspect artificiel, a peut-être, à elle seule, commandé la violence de ce début.
    Cependant, le regard de la locutrice oublie bientôt la mise en scène, la perruque, pour se concentrer exclusivement sur le reste de l'apparence physique de la défunte. À ce stade, il convient de séparer deux points précis de la description. Un premier regard s'attarde sur l'aspect général du corps ("couchée sur le satin nacré"), passant de l'étonnement ("Étrangement belle"), à la distance ("irréelle"). L'apparence de la défunte finit même par prendre la consistance de la pierre, par se minéraliser ("Ta froideur sépulcrale a la dureté du galet"). Mais tout se joue, évidemment, dans l'autre regard signalé par deux mises en apposition d'adjectifs. C'est le regard tendre, plein d'empathie, de l'amie qui s'attarde alors sur le visage de la défunte. Ce sont, d'abord, ces lèvres ("Seules") qui, présentées sous un aspect médical ("nécrosées") signalent qu'il n'y a aucune confusion possible avec une créature de cire. La litote qui jaillit alors ("jettent un doute / sur tes projets"), en mimant une forme de détachement, marque le caractère infiniment poignant de la douleur éprouvée. La seconde apposition, dont la caractère est rassurant ("Mystérieux / ton sourire") nous ramène, forcément, au visage et aux yeux, ces miroirs de l'âme. Ces yeux de l'autre (dans lesquels l'intimité se noue) et qui sont, si souvent, dans nos moments de doute, de douleur, d'un si grand réconfort. C'est là où, forcément, confronté à la mort, on se plongera. Dans un tel contexte, les yeux de la défunte sont évidemment inquestionnables ("paupières baissées"), mais les images qui s'offrent ont un caractère reposant, apaisé ("ton secret", "tu connais maintenant la vérité"). C'est alors l'image du claustra qui resurgit instantanément devant les yeux du lecteur. Non plus d'un claustra qui s'entrouvre, mais d'un claustra qui se referme avec apaisement sur une âme qui a trouvé la sérénité.

    Merci pour le voyage !

    Posté par jfmoods, 23 février 2014 à 11:52

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