Plume d'Apolline

Quelques mots, quelques photos, quelques idées qui passaient par là

09 novembre 2013

Je ne tuerai que toi

Je ne tuerai que toi

 

Soir sans lune…

 

Déchiré…

le satin de ma robe tachée.

 

L’acier de ta plume

m’a blessée.

 

Je voulais te tuer…

Mais j’écris cette lettre

trouée.

 

 

Tu as fui

par les trous du papier,

comme avant toi

s’en est allé,

le sang d’encre

que je t’avais scellé.

 

Et…

de mon plumier fendu

s’évapore l’odeur surannée

de mon rêve inachevé.

 

Posté par LeCroisic à 21:38 - Poésie - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

Commentaires

    La confidence est allusive... comme la pointe d'un fleuret moucheté.

    La force de ce poème réside dans un double jeu d'oppositions. Entre douceur ("satin", "robe") et violence ("déchiré", "acier"), espace premier du coeur ("rêve", "sang d'encre") et espace second de l'écriture ("plumier", "papier"). Le point névralgique du texte est constitué, justement, par ce "sang d'encre" qui désigne le pacte amoureux ("avais scellé"), rendu caduc ("déchiré", "fendu") par la désertion de l'autre ("as fui", "s'en est allé", "s'évapore"). Une désertion qui laisse l'un figé dans les trames du passé ("odeur surannée", "inachevé"), désemparé par un présent dépourvu de boussole, un horizon d'attente introuvable ("Soir sans lune... "). Le titre "Je ne tuerai que toi" se lit comme à rebours du pacte. L'amour s'étant vidé de toute substance chez l'autre, il est d'une urgence absolu de se défaire à son tour de la tourmente d'un sentiment toujours présent et si lourd à évacuer. Le souhait ("Je voulais te tuer...") s'avérant irréalisable dans les faits, il est désormais dévolu au travail de l'écriture ("cette lettre") de commettre symboliquement le meurtre promis par le titre. La méthode thérapeutique nous est désignée par le participe passé "trouée" ainsi que par les "trous". Il se dessine ici une interprétation double et complémentaire. Ce sont, d'abord, les pleurs qui inondent la lettre, la traversent, évacuant le chagrin. C'est, ensuite, l'impact de balles métaphoriques qui, traversant le corps de l'autre, l'annulent progressivement de l'équation.

    Merci pour le voyage !

    Posté par jfmoods, 23 février 2014 à 10:04

Poster un commentaire