Plume d'Apolline

Quelques mots, quelques photos, quelques idées qui passaient par là

19 septembre 2013

Une odeur de girofle.

Un petit colis recouvert de papier kraft est arrivé par la poste. 

Impossible de lire la date sur le tampon, quant au timbre, j’n'suis pas fildefériste comme dirait ma voisine, mais… il n’est pas de ce siècle, j’en mettrai ma main à couper. Enfin, c’est une façon de parler, n’est-ce pas ? Que ce soit la gauche ou la droite, j’y tiens à mes mains, elles me font vivre, elles me font rêver aussi.
Je coupe la ficelle grise d’un petit geste précis, mon couteau d’office est toujours près de moi dans la cuisine.
Le papier, lourd et gras s’écarte un peu. 
Une boîte triste en laque noire apparaît.

Je la pose rapidement près de l’évier pour aller ouvrir la porte d’entrée, le marteau vient de frapper, c’est le jeune homme de la poissonnerie qui apporte ma commande.
Je retourne dans la cuisine, les bras chargés.
La lourde boîte en polystyrène laisse échapper de délicieuses odeurs de varech et de crustacés.
D’un œil averti je vérifie le contenu de la boîte. 
J’ouvrirai les huîtres au dernier moment, quand nous prendrons l’apéritif. 
Les langoustines… allez, trois minutes dans le court-bouillon brûlant. 
Le homard bleu périra sous la lame pointue de mon couteau avant d’aller griller sur la braise rougeoyante.
Les vins sont au frais, je vais goûter le Sancerre et... mon regard s’attarde sur la petite boîte noire qui garde encore secret son contenu.

Aujourd’hui sera un grand jour.
Ezilda vient déjeuner pour la première fois à la maison.
Elle est belle et elle sent le girofle. 
Elle est sombre et elle marche comme on glisse.
Elle me dira d’où elle vient, je vais oser lui demander. 

Nous aurons un fils. 
Nous… et flûte, je me suis entaillé le doigt ; de la gaze, du sparadrap.

Déjà midi. 
Ezilda va soulever le marteau, Ezilda va habiter ma cuisine.

Il est treize heures.
Mon doigt blessé heurte la petite boîte noire ; je soulève le couvercle qui résiste un peu.
A l’intérieur, 
une photo jaunie, Ezilda si belle dans la robe de soie blanche que je lui avais offerte pour notre mariage. 
une petite pierre d’obsidienne aussi coupante que mon couteau d’office.
un petit sachet de gaze qui sent encore le girofle.
un plan détaillé du port de Zanzibar.

Une larme froide coule enfin sur ma peau ridée.

 

Posté par LeCroisic à 15:21 - Petits mots par ci - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

Commentaires

  • bravo

    tu recommences à écrire bravo et bienvenue à Ezilda

    Posté par zabou6231, 21 septembre 2013 à 10:50

Poster un commentaire