Plume d'Apolline

Quelques mots, quelques photos, quelques idées qui passaient par là

21/06/2009 NAISSANCE DU BLOG ''PLUME D'APOLLINE'' – jour du solstice d'été !
Avec Marquise de Sade dans le rôle de la Sage Femme et peut-être même en porteur de gamète !


Je suis une plume légère mais alourdie par les pierres des vies et des logis de mes ancêtres.

Je suis une plume au vent qui se détourne souvent de son courant-porteur – genre plume un peu 'lièvre de La Fontaine' qui baguenaude et respire les mauvaises herbes et les fleurs des champs....

Plume fragile et résistante, loin, très loin de la plume Sergent major de mon enfance ; je suis plume à écrire, mais surtout plume à dire, plume à rire, plume à plaire, plume, plume, plume au vent !

Je serai plume solaire et solitaire qui se transmettra secrètement !


LeCroisic


06 novembre 2009

La frontière est fragile

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Bracelet sur le port du Croisic

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31 octobre 2009

Le petit lit-cage

Ce matin à la brocante St Michel, mes yeux sont tombés sur ce rouleau de cretonne fleurie complètement démodée.

Lorsque j'ai payé mon achat, j'ai vu de la perplexité dans les yeux du marchand et un peu d'amusement fatigué.

- Bah ! Il se lève un pigeon chaque matin, que va-t-elle faire de cette cretonne fanée, salie, dont elle n'a même pas demandé la longueur, ni la largeur ?

Si vous saviez !

Vous m'avez vendu quelques années de ma petite enfance que j'avais oubliées.

Un regard...et mon petit lit-cage en fer, ripoliné de blanc est apparu.

Il était vêtu d'un habit molletonné recouvert de cette même cretonne. Un entrelacs de feuillage et de fleurs roses et bleues sur fond écru. Je revois les nœuds le maintenant bien attaché au bord du petit lit.

Soirs et matins durant cinq belles années j'avais regardé, caressé cette cretonne qui était comme un petit jardin fleuri où sûrement prit naissance mon amour des fleurs simples et des pergolas.

Mon premier vrai souvenir dans ce petit lit remonte à une sieste estivale. Dans les traits de lumière, dispensés par les persiennes, je voyais danser toute une sarabande de poussières argentées, je m'étais assoupie dans un état de bonheur profond que je n'ai plus jamais retrouvé.

Mes ''petites madeleines'' à moi, étaient de m'endormir, l'été dans des odeurs d'encaustique à la pomme, l'hiver, dans celles de fumigation à l'eucalyptus, de sirop pour la toux et de pastilles Valda ou Pulmoll .

J'aimais être malade dans mon petit lit-cage.

Les chuchotements des adultes, le plateau en laque, l'orange pressée, les biscuits Brossard et surtout un nouveau livre d'images... m'apportaient cette plénitude enfantine.

Seule la grosse voix du Docteur A. venait sonner la fin de ces récréations.

J'étais une petite fille heureuse.

Lorsque j'avais la permission de me lever et de retourner à mes jeux, maman précisait toujours que j'avais grandi.

      • Il va falloir rallonger l'ourlet de cette robe.

      • Bientôt ce petit lit ira au grenier.

Je n'aimais pas grandir.

Au cours de l'année, certains après-midis, maman et moi partions au cimetière pour visiter 'ses' morts. J'avais une vraie passion pour cet endroit.

Nous emportions avec nous tout un attirail de jardinier, pour nettoyer et embellir « les dernières demeures de nos êtres chers » comme elle disait.

Je savais me diriger dans les allées, je lisais les noms en chantonnant, j'écoutais crisser les graviers sous mes souliers.

J'essayais de pénétrer dans les cyprès odorants pour dénicher les petits insectes bruissant...mais je les faisais taire. J'étais déçue.

La maison de Pépé Jules et Mémé Zilda était toute plate avec une grosse pierre grise. Celle de Mémé Marguerite aussi. Ils ne devaient pas sortir souvent... je ne les connaissais pas.

Le moment tant attendu de ces visites était le carré des enfants.

Maman s'arrêtait lourdement devant deux petits lits-cage, ripolinés de blanc, mais sans cretonne fleurie à l'intérieur.

Il y en avait un avec la photo d'un bébé. Paul, disait-elle. Il avait un petit ange bleu pour s'amuser.

Le deuxième n'avait pas de photo. Seulement un prénom, Louise. Il n'y avait pas d'ange pour elle. 'Elle n'était pas baptisée ' disait maman à voix basse.

Je ne comprenais pas ce qu'elle disait.

Elle parlait de lait empoisonné......elle parlait de trois tours de cordon.....elle ne savait pas parler normalement quand elle était devant ces deux petits lits-cage.

Elle y déposait toujours des fleurs blanches. C'était triste...

Quand nous repartions, je la laissais aller devant.

Je glissais entre les barreaux des petits lits-cage, des coquelicots fripés ou des boutons d'or ou des fleurs de pissenlits, quelques cailloux colorés que j'avais volés un peu plus loin et des images découpées pour eux deux.

Mon frère, ma sœur, si j'avais bien compris ?

Je n'aimais pas partir. Je n'avais pas tout compris.

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25 octobre 2009

L'ïle sur le fleuve

Je connais un long fleuve rose et gris

qui inlassablement,

comme un bélier présomptueux

se jette à l'assaut d'un océan.

Le combat inégal le ramène blessé, sali

et chargé de bois mort sur les berges de l'ile sur le fleuve.

Le feu permanent qui brûle dans la cheminée

de la vieille maison de pierre,

posée comme une certitude sur l'île, ne pourra jamais

consumer tout ce bois ni mater le grand fleuve.

Vasières et roselières

se laissent envahir et déserter

dans de longues plaintes visqueuses.

Sur ma barque à fond plat

je vais chaque jour

à la rencontre de l'ile

et j'attends avec elle que le grand fleuve surgisse

avec la violence de l'océan furieux

ou avec la langueur d'un soir amoureux.

C'est la grande valse nuptiale

de la terre et de l'eau

qui depuis des millénaires

se danse aux rythmes des marées.

L'infidélité de quelques heures

goulûment rattrapée

en une étreinte sauvage ou tendre.

Les assauts répétés

de cet amant insatiable

se brisent sur mon île

en laissant des présents nacrés

ou sombres selon son humeur.

La maison est la gardienne de ces trésors sans âge

sans noms souvent,

sans destins immédiats.

Seul, le bois mort termine son voyage

dans la cheminée de pierre

en sanglotant parfois

selon qu'il arrive du Limousin par la Dordogne

ou de pays plus lointains par l'océan.

Je suis celle qui nourrit le feu

et scelle pour un instant seulement

un pacte d'amour avec les éléments.

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09 octobre 2009

Le corset rose

Au début des années 1960, une petite fille bien ''tenue'' portait un corset, lacé dans le dos, avec des baleines souples, ce qui ainsi lui assurait une allure royale dés l'adolescence, et un ventre mou et affaissé dés sa première grossesse.

L'important n'est-ce pas est de ''ferrer'' le bon mari, le reste...il n'est point de bon ton d'en parler.

Un établissement, de bonne tenue lui aussi, situé dans l'unique rue commerçante de notre ville, proposait tout un assortiment de ces corsets, qui allaient du beige au rose, avec ou sans fleurettes en incrustation. Ils étaient extraits avec délicatesse depuis de lourds tiroirs de bois, dans lesquels ils reposaient, roulés dans leur papier de soie, puis posés sur le comptoir usé, dont le bord intérieur était recouvert d'un double-mètre en cuivre, cloué à chaque extrémité. Ceci permettait aux vendeuses de débiter également du tissu au mètre avant de le couper avec les lourds ciseaux accrochés à leur ceinture.

J'adorais le bruit du tissu entaillé que l'on déchire ensuite tout du long, dans un long cri soyeux, mais je n'aimais pas du tout choisir ce carcan rose et hideux. Ma mère était intraitable sur le sujet. Le corset tenait mon corps frêle de fillette et les jarretelles devaient tenir les bas tricotés par Madame Marchand – laine grise pour l'hiver, coton blanc pour le printemps.

Le supplice continuait dans le petit salon d'essayage, où, devant ma mère et une vendeuse revêche et moustachue qui sentait sous les bras ou les pieds selon les saisons, je devais me déshabiller, ne gardant que ma culotte Petit Bateau et essayer nombre de ces hideuses innovations rosâtres. Un grand miroir un peu piqué était le troisième témoin de ma honte et de mon désespoir.

Au printemps 64, à ma grande surprise, bien que le corset soit devenu importable même avec le lacet complètement détendu, ma mère ne parlait pas de se rendre aux Ets B. pour une nouvelle acquisition. Je me gardais bien d'évoquer le sujet.

Puis, une après-midi ''citronnade'' au jardin avec ses amies, j'entendis ma mère parler à voix basse d'un sujet qui me fit tendre l'oreille avec beaucoup d'intérêt et me rapprocher du groupe, tout en maniant mon filet à papillon avec dextérité pour endormir la méfiance des bavardes :

''Oui, ce n'est pas la première fois qu'on le dit, le bruit court la ville, oui ! Mr B. des Ets B. serait....chut !

La p'tite écoute !

Oui ! Mr B. serait un ''passeur'' – comme on dit – pour l'Orient... un fournisseur de petites filles pour les harems....d'Arabie, bien sûr !

Les harems, ça les rend songeuses un moment.

Vous dites ? Pour les trottoirs du Moyen-Orient ? Oh ! Non, pas ça ?!

Si ma chère !

et sa vendeuse – sa complice bien sûr – elle sélectionne les petites filles lors des essayages, je précise, en l'absence de leurs mères, et alors, le miroir, vous savez le grand miroir, il est sans tain !

Comme j'vous l'dis ! Et Mr B. fait son choix...oui !

Et ce miroir, qui en fait est une porte, bascule sur lui-même et hop ! Les fillettes partent vers un lourd destin.

Non ! Je ne connais pas personnellement de petites filles disparues, mais...toute la ville en parle !

Moi, je vous le dis comme je le pense, y'a pas de fumée sans feu.

Et c'est ainsi que mon calvaire corseté s'acheva.

Ah ! Merveilleuse rumeur infondée, tu as jeté aux orties l'immonde corset rose, qui maintenant hante seulement l'imaginaire des vieux Messieurs libidineux et des ex-petites filles modèles.

Coucou ! Madame la Comtesse de Ségur née Sophie Rostopchine !

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04 septembre 2009

Un deuil en province.

Elle est venue me chercher à Pen Bron, drapée dans ses voiles noirs.

Ma petite maman est une géante, maigre et triste.

  • Maman ! Maman ! Dis-moi qu'il est à la maison. Dis-moi qu'il m'attend.

  • Mais que tu es sotte ma pauvre enfant. Sœur Lucie ne t'a donc rien expliqué ?

  • Ton père est mort....et enterré.

  • Maman, pourquoi n'es -tu pas venue me chercher avant ?

  • Avant quoi ? hurle-t-elle. Ce n'était pas un spectacle pour une enfant de ton âge, tu n'aurais pas supporté ces terribles heures.

  • Tu sais maman.....j'ai vécu des choses terribles ici.

  • Tais-toi donc ! Rien ne peut être pire que perdre son mari.

  • Maman...

  • Tais-toi te dis-je, nous allons manquer le train.

Nous avons manqué le train.

Nous avons dormi sur les banquettes en bois de la gare du Croisic.

Arrivée à Cognac, je découvre que la grande maison quittée il y deux ans est devenue petite et froide.

Elle avait raison, papa n'est pas là. Mon chien est mort deux jours après lui, me dit-elle froidement.

Je n'ai plus de mère.

Je suis la fille de la veuve.

C'est ce qu'elle a dit au notaire hier : Je suis veuve et voici ma fille .

  • Comment est notre situation financière ?

  • Bien ! Je dois donc travailler ! Avec cette enfant sur les bras !

Ce nouveau statut l'a transformé en mère de glace.

Levée avec le jour, elle bêche, sarcle, arrose le jardin, nourrit les lapins et nettoie la maison. Ensuite elle part au travail.

Je comprends comme il est difficile pour elle d'avoir une enfant en 'bas âge' (comme elle dit) quand on n'a plus de mari.

Lorsque je rentre de l'école, la maison est vide, froide, sans odeurs. Je l'attends.

A table, le soir, elle monologue sans fin, sur son grand malheur.

Plus de baisers du soir, plus de lectures joyeuses, plus de musique, plus de rires, plus de chansons. Un grand silence.

J'écoute la radio en cachette. Je tape sur les casseroles avec des cuillers , je pousse des hurlements épouvantables qui terrorisent la chatte noire et me laissent dans un état d'épuisement, proche de l'évanouissement et je bois de la liqueur de cassis jusqu'à ce que ma tête éclate.

Je découvre les plaisirs enivrants de la 'double vie'.

J'ai onze ans, mais je suis très vieille.

Les rêves ont déserté mes nuits ; ceux là même qui avaient remplacé la réalité de mes jours à Pen Bron.

La lumière ne me touche plus, je suis transparente.

Je ne rentre plus à la maison après l'école.

La carafe de liqueur de cassis est vide.

Je vais au magasin le 'Printemps '– rayon des liqueurs – et j'achète des mignonnettes de Marie-Brizard, de Bénédictine , de Triple-sec ou autres spiritueux avec l'argent que je vole à ma mère. Je bois au goulot, en pédalant comme une folle sur mon petit vélo.

Je ne bois pas tous les jours. Seulement ceux de grand cafard.

Les autres jours, je vais chez Jeanne – la libraire – elle me laisse lire les livres que je ne peux pas lui acheter, assise sur la première marche de l'escalier, derrière la boutique. Jeanne comprend tout. Jeanne m'aime beaucoup.

Jeanne m'a donné un chien – tout petit, roux et blanc – je l'ai appelé Puck !

Je suis heureuse.

  • Qu'est ce c'est que cette bête ? s'exclame ma mère furieuse

  • Tu crois que je m'esquinte au travail pour nourrir une horreur de chien ?

Elle finit par céder. Puck et moi menons une vie normale.

Un soir de décembre, Puck ne répond pas à mon appel.

Ma mère l'a échangé contre un grand 'diable 'noir.

  • Tant qu'à nourrir un chien, autant qu'il serve à quelque chose ! Celui-ci montera la garde.

Ma haine commence à prendre corps.

De la fenêtre de la cuisine, je guette le retour de ma mère.

-Si dans 10 mm elle n'est pas là, je suis libre !

Elle revient toujours.

Ce soir elle pleure. Je lui ai craché ma haine au visage.

  • Pourquoi c'est toi qui es en vie ?

  • C'est lui que j'aimais...

  • J'ai honte de toi ! T'as vu tes robes ? T'as vu tes chaussures ? T'as vu tes cheveux blancs ? T'as vu les mères des autres enfants devant l'école ?

  • T''es vieille ! T'es moche !

Je la déteste tant ! Je suis sèche comme une brindille prête à m'enflammer à la moindre étincelle.

Chaque minute de retard me fait espérer sa mort, nourrit de vains espoirs.

Une fois par mois, le dimanche après-midi ma sœur aînée – mariée sans enfants – vient nous rendre visite.

Je la vois donner de l'argent à maman qui lui signe un reçu – cet acte me dégoûte – qu'est-ce qu'elle achète ?

Nous croquons des gâteaux secs, buvons un thé insipide, tout cela sans un mot. Nous ne nous connaissons pas, nous n'avons rien à nous dire.

Seules Jeanne la libraire et l'école apportent de la joie à mon quotidien.

Sous le préau, je fais la conversation aux institutrices, je les fais rire.

J'ai des notes extraordinaires en rédaction, en récitation, je suis la reine d'une toute petite cour.

Cela suffit à mon bonheur....pour le moment.

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28 août 2009

Rencontre.

Vacances_Juillet_2009_114

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Draps de lin.

La nuit j'écris.

La nuit j'écris sur mon lit.

J'écris sur les draps de mon lit.

Des draps de lits en lin, qui retiennent mes écrits.

Qui retiennent l'encre noire et les non-dits.

Les non-dits de pudeur, de colère ou de lassitude.

Les non-dits de 'bras baissés' quand il faudrait brandir ses mots....ses certitudes.

J'écris sur les draps de lin de mon lit, à l'encre noire.

Je me roule dans mes mots pour imprégner mon corps d'ivoire

Qui devient lâche quand il a peur et perdu espoir.

Le jour, j'étends mes draps écrits face au ciel.

J'attends en vain que mes mots deviennent du miel.

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27 août 2009

Je me 'case' au Croisic !

Vacances_Juillet_2009_142

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Pen Bron sous le soleil.

Vacances_Juillet_2009_137

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